Le Dicton des 4 B
BlogMotte le 22/02/2010 à 0:30 | Classé sous : Chroniques, Ecologie, Traditions provençales, Vie du Village
Dans notre village de La Motte, et plus particulièrement aux abords du hameau du Mitan, où par chance, subsistent encore quelques hectares de forêt (cf précédents articles sur les incendies), il nous est encore permis de goûter aux plaisirs du pastoralisme.
Et même si le cliché a fait long feu (si je puis dire) il est toujours agréable de regarder paître les moutons et brebis, et d’entendre les sonnailles au petit matin, alors que les premiers rayons de soleil viennent doucement caresser la garrigue encore empreinte de rosée, que les grives viennent picorer leurs premières baies, et que l’odeur odorante des collines ….et bla bla bla…et bla bla bla….
Rassure-toi lecteur BlogMottois, tu n’es pas dans une pâle copie d’un de ces textes au miel de romarin sur la Provence, destiné à faire vibrer le citadin en mal de nature.
C’est juste qu’en ce beau dimanche matin, à entendre ce troupeau de moutons parqué dans son enclos en bordure de la route de Bagnols, le long de la piste de la Rimade, je me suis approché de ces bêtes plutôt préoccupées à remplir leur panse qu’à s’intéresser au Mitanais venu en voisin les observer.
Et c’est pourtant leur repas qui m’a captivé: de les voir se gaver d’herbe fraîche, à une allure impressionnante, là ou un déboisement mécanisé a été réalisé à l’automne.
En quelques heures elles ont fait place nette, entretenant mieux que tout outil ou engin mécanique et complétant parfaitement le travail de l’homme, bref, j’ai découvert une débroussailleuse 100% écologique.
La technique est connue, elle se nomme sylvo-pastoralisme.
Est-ce que cela ne serait pas une solution à proposer à ceux qui souhaitent bétonner ou « golfiser » nos espaces naturels sauvages au prétexte de maîtriser la menace incendie.
Est-ce que la biquette ne serait pas la solution à tous leurs soucis ??
Prenez 350 hectares de forêt, découpez les en secteurs stratégiques, appliquez leur un déboisement annuel tournant par une main d’œuvre en voie de réinsertion, complétez le dispositif par du débroussaillage avec des troupeaux de brebis et vous avez ainsi :
- créé de l’emploi en déboisant (exploitant forestier)
- mené une action sociale ( main d’œuvre en voie de réinsertion)
- produit du bois ou de la plaquette
- permis à un ou plusieurs bergers de subsister pendant l’hiver
- maintenu à l’état naturel votre patrimoine forestier
- assuré une prévention efficace contre les incendies
Mais voilà, à la fin, vous n’avez ni le golf, qui pouvait devenir le fleuron de votre économie locale, ni la zone d’activité nouvelle technologie pourvoyeuse de recettes, et les propriétaires forestiers locaux (vos électeurs) héritent d’une belle zone naturelle mais n’ont pas gagné un sou !
C’est donc la quadrature du cercle pour nos élus.
Et nous que voulons-nous ?
On peut retourner le problème dans tous les sens :
- La Brebis et la Baballe du golfeur ne font pas bon ménage : imaginez une seconde la tête du green-keeper si mes brebis de ce matin avaient débarqué au beau milieu du parcours, pourtant tout proche, pour se régaler de l’herbe verte du trou N° 7.
- La Brebis et le Béton non plus, sinon les poules auraient des dents.
- La Baballe et le Béton, là ça marche, mais bon, y a moins de bois et plus du tout de Brebis
Non vraiment, la vérité est ailleurs, et c’est le dicton dit, des 4 B, qui nous la révèle :
- « Quand la Brebis est dans le Bois, ni Béton, ni Baballe tu n’y vois »
En attendant je vous laisse vous régaler des quelques images de nos débroussailleuses locales.
Par ailleurs, je tiens à préciser qu’en faisant l’apologie des ovins, je ne souhaite en aucun cas créer une concurrence déloyale à mes amis du collectif bovin du village.
Que ce soit clair : Même si l’on n’aime pas être tondu comme un mouton, on ne veut bouffer la laine sur le dos de personne.
J’ajoute que, contrairement aux 3 singes, la légende de la Brebis n’est pas encore connue, donc rarement interprétée, mais ce serait plutôt :
« Quand tu n’écoutes que toi, on te prend pour un âne. Quand on ne t’écoute pas, c’est que l’on te prend pour un mouton. Et quand l’âne brait, c’est que le mouton bêle. »
Bêêêêêêhhhhhêêêêêê !!
Marc Donat
Quatre remarques, mon cher Marc, sur ce bel article.
1 - En plus du monton sur son green, le golfeur aurait les pieds dans les pécoles, terrible.
2 - Impossible de tondre la laine sur le dos des bovins, ils n’en ont pas, sauf les magnifiques vaches écossaises
3 - Dans ma campagne Ardéchoise, depuis 6 ans, il y a a nouveau des vaches dans les près, tout l’été. Et depuis, nous retrouvons des rosés des prés, Agaric Campester, pour les intimes, alors qu’il n’y en avait plus depuis quelques années. Donc, fumage par les bouses et les pécoles, martelage par les pieds égale les plaisirs des mycologues.
4 - Par contre, comment tu spécules au cac quarante et pour les fonds de pensions sur les moutons?
Va savoir!!!
c’est un autre mode de socièté que tu nous décris.
Tout un débat sur une identité, pastorale, “paturage et labourage” étaient les mamelles de la France.
Fraternités
Etienne
Pas si passéiste que cela mon Cher Tiennou !
Renseignements pris, la recette du sylvo-pastoralisme est déjà appliquée par le conseil Général du Var dans le massif des Maures notamment, et avec des vaches comme dans ton pays ardéchois.
Mais elle ne contient pas à elle seule la solution.
Si nous souhaitons conserver un cadre rural au village il faut avoir la volonté de protéger les espaces naturels existants, dans leur globalité, et avec la même opiniatreté que celle qui a permis de conserver intact le patrimoine agricole, c’est à dire:
- en se dotant d’un outil de gestion de l’espace, actuellement POS, demain PLU qui ne transforme pas nos espaces boisés en gruyère.
- en valorisant ceux-ci : càd en les utilisant au mieux sans les transformer en sanctuaire : ce serait le meilleur moyen de les perdre.
Tu conviendras je pense, volontiers, que ce qui a permis de justifier, auprès des propriétaires, la sauvegarde du patrimoine agricole c’est qu’il est en partie utilisé, productif, et rentable.
Aujourd’hui, on y trouve aussi une autre vocation: c’est que cet espace sert en plus de levier touristique.
Eh bien appliquons la même recette !
Au fait, est ce que tu peux m’expliquer pourquoi, même lorsqu’on est pas d’accord tous les 2 on parvient à discuter sans s’insulter ???
Salut Marc,
1 - Pas d’inquiètude entre nous car nous nous écoutons, nous discutons, nous argumentons, et nous essayons de comprendre et de trouver quelles sont les meilleures solutions aux problèmes rencontrés par notre société et nos communautés de toutes tailles.
Depuis la famille jusqu’a ces très lointains ONU, UNICEF etc en passant par la région pour laquelle nous sommes appelés aux urnes ainsi que l’Europe.
En se rapprochant de mes rubriques sur les échanges de mél, sur les argumentaires a développer etc, pourquoi se battre?
2 - Dans ta réponse, tu me suspectes de t’accuser de passéïsme. Comment as-tu interprété cela dans mon message? Aucune trace a mon sens dans mes mots.
Aucune suggestion de passéïme dans ma tête, bien au contraire.
J’avais déjà entendu parler de l’entretien des sous bois par des troupeaux de vaches sur la commune de Grimaud, il y a environ 5 ans. pour moi, l’idée est excellente.
Elle se confronte a une évolution de nos communautés ou le bien commun, si cher et parfaitement préservé dans une société pastorale a l’ancienne, avec des communaux etc… est en opposition avec nos communautés actuelles ou l’intéret personnel est prioritaire sur l’intéret commun.
(voir pour cela le rapport de DELAVOYE qui sort ces jours ci sur la déstructuration de la société Française)
Est-il envisageable pour des touristes ou des résidants ponctuels de laisser passer des animaux dans leurs propriétés pour le nettoyage des sous bois?
Cela me semble fort éloigné d’une réalité totalement différentes ou tout le monde cloture, interdit, etc…
Cela dit, il existe aussi la location ou le prêt de quelques moutons ou chèvres ( 2 ou 3 )qui vous tondent la pelouse a ras.
3 - Sur le developpement de la commune dans le temps, POS et PLU, la réponse est plus délicate entre dévelopement et préservation du patrimoine. Le sujet est difficile.
4 - Quand a ne pas s’engueuler entre nous, c’est normal. tu ne veux pas m’imposer tes vues et moi je ne veux pas t’imposer les miennes.
Juste entendre et developper des arguments pour améliorer nos analyses des problèmes.
Entre frères Homo sapiens, quoi de plus naturel.
Fraternités
Etienne
J’ai apprécié l’article de Marc Donat. Je félicite cet honnorable citoyen pour l’attention qu’il semble porter aux choses qui se passent sous ses yeux et que boucoup de gens ne voient même pas. Qu’importe les commentaires et partis pris…
Continuez, Monsieur a regarder autour de vous, il reste encore un peu de nature et de naturel, profitons en.
Gilou né à La Motte il y a 69 ans, du temps ou les bergers du village avaient pour noms Barbaroux ou bien Coulomp et que les toupeaux paissaient dans les bois sans golf et dans les vignes sans fils de fer.
2/ “C’est un autre mode de société que tu nous décris”
La voilà, la fameuse sentence qui m’a fait croire que tu taxais cette idée de passéiste.
En fait utopiste est plus exact.
J’ai pensé (ça m’arrive) que le système que je venais de décrire te paraissait irréaliste, ou hors du temps, alors que je le crois pertinent et tout à fait réalisable au moins pour préserver les maasifs forestiers si tel est notre souci.
Le rapport DELAVOYE m’intéresse, s’il est téléchargeable je le prends volontiers
3/C’est pourtant dans ce difficile sujet que réside la clef de ce que deviendra notre territoire de vie dans les prochaines décennies, avec, au delà de l’organisation de l’espace, une incidence directe sur l’organisation de la vie dans la commune.
A mon sens, mieux vaut, dès aujourd’hui dégager des pistes de réflexion afin que l’on ne pense pas pour nous, et que l’on se retrouve un jour devant le fait accompli.
4/C’était une pointe d’ironie évidemment, mon Cher Tiennou !
Amitié et Fraternités,
Marc